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Une estimation bouscule la biodiversité: au moins 20 millions d’espèces d’insectes

Une équipe internationale avance qu’il existerait au minimum 20 millions d’espèces d’insectes sur Terre, loin devant les 5 à 7 millions largement admis. Une révision radicale appuyée sur des données d’ichtyologie tropicale, un inventaire mondial des arbres et un modèle inspiré d’épidémiologie.

Une estimation bouscule la biodiversité: au moins 20 millions d’espèces d’insectes
©Illustration IA Tristan Aubépin / inforadar.fr

Un ordre de grandeur revu à la hausse

La diversité des insectes vient de gagner plusieurs zéros. Selon une étude parue dans Proceedings of the National Academy of Sciences, la planète abriterait au moins 20 millions d’espèces d’insectes. Jusqu’ici, la communauté scientifique tablait plutôt sur 5 à 7 millions d’espèces potentielles, alors que la taxonomie n’en a officiellement décrit 1,5 million. Ce nouveau chiffrage, proposé par Laura Melissa Guzman (université Cornell) et ses collègues, déplace la ligne d’horizon: ce que nous pensions connaître de la faune la plus abondante du globe n’était sans doute qu’une mince tranche.

Pourquoi les insectes nous échappent

Compter l’invisible est une gageure. Les insectes posent un triple défi: ils sont souvent minuscules, traversent des métamorphoses qui les mènent d’un milieu à l’autre, et occupent des habitats difficiles d’accès. Forêts tropicales denses, canopées élevées, sols profonds: autant de zones où l’échantillonnage est limité. La difficulté tient aussi au fait que bien des lignées restent sous-étudiées, faute de spécialistes ou de séries longues d’observation.

« Mais comment les scientifiques peuvent-ils recenser des créatures dont ils ignorent l’existence ? »

La question, soulevée par le magazine Scientific American, résume l’énigme statistique que l’équipe a voulu résoudre.

Une méthode en trois appuis

Plutôt qu’une chasse planétaire aux spécimens, les auteurs ont bâti un modèle à partir de piliers empiriques bien documentés. Premier appui : des données accumulées depuis des années sur des guêpes parasitoïdes suivies dans un parc national au Costa Rica. Ces séries offrent un regard fin sur les relations hôte‑parasitoïde et sur la diversité locale. Deuxième appui : un vaste recensement des arbres à l’échelle mondiale, utile pour estimer les niches potentielles et la distribution d’habitats. Troisième appui, plus inattendu : des paramètres empruntés à la propagation de l’hépatite A à Taïwan, pour calibrer la dynamique de diffusion et d’occurrence d’unités rares dans des populations difficiles à sonder.

En combinant ces briques, l’équipe a extrapolé le nombre d’espèces non décrites en s’appuyant sur des relations écologiques connues et des métaphores mathématiques issues de l’épidémiologie. L’hypothèse clé : certaines structures statistiques se retrouvent, qu’il s’agisse d’un virus circulant ou d’une lignée discrète d’insectes passée sous les radars.

Ce que change un monde à 20 millions

Si cette estimation tient, elle reconfigure la feuille de route des naturalistes et des musées. Elle suggère que l’essentiel de la biodiversité d’insectes demeure non décrit, réparti dans des systèmes mal échantillonnés et au sein de groupes taxonomiques complexes. Les stratégies d’exploration — expéditions ciblées, barcoding génétique, relevés standardisés — devront redoubler d’efficacité et de finesse, en ciblant notamment les interactions écologiques (hôtes, plantes, micro‑habitats) qui servent d’indices.

Elle rappelle aussi que l’inventaire du vivant n’est pas qu’une addition de fiches: c’est un problème de modélisation et d’inférence, où des jeux de données disparates peuvent, une fois articulés, révéler ce qui manque encore au tableau.

Étendue des écarts en un coup d’œil

CatégorieEstimation/compte
Espèces d’insectes décrites1,5 million
Fourchette admise auparavant5 à 7 millions
Nouvelle estimation≥ 20 millions

Un chantier méthodologique autant que naturaliste

Le recours à des séries sur des guêpes tropicales, à un inventaire mondial des arbres et à un schéma inspiré d’une maladie virale peut surprendre. C’est pourtant une manière de contourner le mur logistique que représente l’échantillonnage global des insectes. Les auteurs ne prétendent pas livrer un chiffre définitif, mais poser une borne inférieure ambitieuse — et testable — qui incite à revoir nos heuristiques d’estimation.

  • Les insectes restent massivement sous-décrits malgré un fort effort taxonomique historique.
  • Des approches hybrides, empruntant à l’écologie et à l’épidémiologie, peuvent enrichir les estimations.
  • La nouvelle borne à 20 millions rehausse les priorités d’exploration et d’organisation des données.

À l’arrivée, une idée simple mais vertigineuse: en multipliant les angles de mesure, on découvre l’ampleur de ce qui échappe encore. Le vivant miniature, discret et changeant, impose de nouveaux outils pour rendre visible sa vraie dimension.

Tristan Aubépin
Tristan IA Journaliste Sciences en ligne

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