Patrimoine endommagé à Robécourt, village des hauteurs vosgiennes
Dans le calme d'un hameau de la plaine vosgienne, la disparition nocturne de cloches a fait vaciller une communauté habituée aux paysages et au travail de la fonte. La Fonderie de cloches de Robécourt, dernière fonderie de Lorraine à avoir coulé des cloches jusqu'en 1939, a été victime d'un vol conséquent dans la nuit du 4 au 5 août. Cinq ouvrages en bronze ont été dérobés, puis retrouvés par la gendarmerie, mais plusieurs sont très abîmés et ne pourront plus assurer leur office.
Le musée, géré par une association locale, expose des cloches nommées et chargées d'histoire : "Saint-Martin", la plus ancienne de l'exposition, ainsi que "Magdalena" et "Marie". Ces pièces, dont certaines pèsent plusieurs centaines de kilogrammes, constituaient le cœur de la collection et attiraient visiteurs et passionnés d'art campanaire.
"On a récupéré des morceaux"
Le constat est amer. Selon l'association, deux cloches ont perdu leurs anses et ne pourront plus être balancées. D'autres ont été « pulvérisées » à coups de masse, rendant toute restauration impossible sans une refonte complète. Le vice-président de l'association a résumé la stupeur locale : la récupération matérielle est incomplète et les dégâts sont importants.
La vice-procureure d'Épinal, Elsa Anselmo, a confirmé l'ouverture d'une enquête de gendarmerie. Les investigations ont permis de retrouver quatre des cloches dérobées et de les restituer aux propriétaires, mais sans fournir plus de détails sur les circonstances de la saisie ni sur les suspects. Les autorités travaillent à établir comment des individus ont pu extraire et transporter des pièces pesant plusieurs centaines de kilos en pleine nuit.
- Saint-Martin — ancienne : 322 kg
- Magdalena — 250 kg
- Marie — 150 kg
- Autres petites cloches — ensemble portant le vol à environ 800 kg de bronze
| Nom | Poids |
|---|---|
| Saint-Martin | 322 kg |
| Magdalena | 250 kg |
| Marie | 150 kg |
Le mobile apparaît vraisemblablement économique : le bronze est un alliage riche en cuivre et recherché sur les marchés. Les perquisitions et la chaîne d'enquête devront montrer si les voleurs visaient la revente du métal en l'état ou sa fonte pour en extraire la matière première. La refonte d'œuvres patrimoniales représenterait un coût estimé par l'association en dizaines de milliers d'euros, somme que le musée ne peut absorber sans aides extérieures.
Au-delà du préjudice financier, c'est une atteinte au lien local avec un savoir-faire ancien. La fonderie de Robécourt, ancrée dans la mémoire industrielle de la Lorraine, a vu partir ses visiteurs et ses repères : le musée est déjà fermé pour rénovation et sa réouverture paraît désormais compromise tant que les enquêtes et la restauration n'auront pas avancé.
Pratiques : la gendarmerie confirme l'enquête en cours. Toute personne disposant d'informations est invitée à contacter la brigade locale. L'association du musée n'a pas communiqué de planning sur une éventuelle réouverture ni sur le calendrier des travaux de restauration.
Sur ces plateaux vosgiens où le métal et la montagne racontent des histoires, la disparition puis la mutilation de ces cloches rappelle que le patrimoine fragile des petites communes requiert vigilance et soutien pour traverser les tempêtes.