Un hommage municipal au cœur de Cavani
La commune de Mamoudzou a officialisé, le 31 mai, le baptême d’une place du quartier de Cavani au nom de Chamsia Salim, reconnue comme la première femme à intégrer la fonction publique à Mayotte. Le site, situé à proximité du rond-point des P’tits Loups et face au Douka Bé, devient un repère de mémoire locale. La décision a été portée par le maire Ambdilwahedou Soumaïla, saluant le parcours d’une habitante qui a durablement marqué l’histoire administrative de l’île.
Parcours pionnier d’une enfant de M’tsapéré
Née en 1949 à Kani-Kéli, Chamsia Salim est confiée très jeune à son oncle, Yahya Bacar, à M’tsapéré, afin d’y être scolarisée. À une époque où la scolarisation des filles demeure rare, elle s’accroche, franchit les niveaux, échoue ensuite au concours d’entrée en sixième mais poursuit des formations de dactylographie, de secrétariat et de standardiste. En 1974, elle rejoint les Travaux publics de Mayotte, alors sous administration commune avec les Comores, et devient la première femme de l’île à occuper un poste de fonctionnaire. Cet itinéraire, entre obstacles et persévérance, illustre une étape structurante de l’émancipation féminine dans l’archipel.
« À l’époque, très peu de filles avaient la chance de pouvoir aller à l’école, j’ai été parmi les premières »
Ce témoignage, évoqué par l’intéressée, donne la mesure des barrières sociales auxquelles se heurtaient les jeunes filles. Sans triomphalisme, le baptême de la place inscrit ce parcours dans l’espace public et le rend visible pour les nouvelles générations.
Appartenances locales et débats au village
Cette reconnaissance ne fait pas l’unanimité. Certains contestent qu’un espace de Mamoudzou porte le nom d’une femme née à Kani-Kéli. Chamsia Salim rappelle toutefois avoir grandi à M’tsapéré dès l’âge de 4 ans et y résider de longue date, affirmant son ancrage dans la commune. Elle déplore un « esprit de clocher » encore présent. La controverse, bien que limitée, dit quelque chose des lignes de partage au sein des villages, et interroge notre manière de reconnaître les trajectoires qui dépassent les frontières intra-insulaires.
« Je suis arrivée à M’tsapéré à l’âge de 4 ans, donc moi je considère que je suis d’ici ! »
Au-delà de l’anecdote, la municipalisation de cette mémoire signale un choix politique de rassembler autour d’une figure fédératrice : celle d’une femme qui a ouvert la voie, dans un territoire où l’égalité d’accès à l’école et à l’emploi demeure un enjeu concret.
Mémoire du combat et transmission
Épouse depuis 1967 et mère de 5 enfants, dont 3 installés dans l’Hexagone, Chamsia Salim — souvent appelée Mamouniati, « mère de Mouniati » selon l’usage local — a aussi été témoin du combat pour Mayotte française par la figure de son oncle, Yahya Bacar, identifié comme Soroda. Si elle n’en fut pas actrice directe en raison de son âge, elle en a gardé la mémoire, qu’elle transmet aujourd’hui. L’inscription de son nom sur l’espace public prolonge ce travail de mémoire, en reliant une trajectoire individuelle à l’histoire politique et sociale de l’île.
Un repère pour la jeunesse de Mamoudzou
À l’heure où les parcours scolaires et professionnels des jeunes Mahorais se construisent souvent entre quartiers, communes et départs vers la métropole, ce repère urbain rappelle plusieurs messages simples :
- La scolarisation des filles et l’accès aux métiers publics demeurent un levier d’égalité.
- Les identités locales se tissent dans la durée, au-delà du seul lieu de naissance.
- La valorisation d’itinéraires féminins nourrit la cohésion et la transmission.
En nommant une place au cœur de Cavani, la ville donne à voir une histoire concrète et proche, susceptible d’inspirer. La portée symbolique rejoint ici une réalité urbaine : un carrefour que l’on traverse chaque jour devient un lieu de récit partagé.
Repères
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date du baptême | 31 mai |
| Lieu | Place de Cavani (près du rond-point des P’tits Loups, face au Douka Bé) |
| Décision | Baptême au nom de Chamsia Salim |
| Autorité | Mairie de Mamoudzou (maire : Ambdilwahedou Soumaïla) |
En honorant une pionnière, Mamoudzou réaffirme que la mémoire locale s’écrit aussi au féminin, à hauteur de quartier, et au bénéfice de celles et ceux qui y vivent.