Quand le Cortalets rend hommage aux employées d'autrefois
Les travaux engagés au chalet des Cortalets, au pied du Canigó, ont remis en lumière un pan de mémoire sociale souvent oublié : celui des jeunes femmes de Reynès qui, à la fin des années 1960, faisaient la saison au refuge. Ces ouvrières saisonnières — cinq au départ — racontent aujourd’hui des mois de travail exigeant, mais aussi des instants de liberté et de solidarité dans un milieu encore isolé.
Dolores Mas-Peytavi, Marie-Thérèse Mas-Oliveras, Marie-Antoinette Ferrer-Puig, Josette Alcouffe (décédée) et Raymonde Marti-Cénit forment ce noyau qui, chaque été, montait « en jeep » pour séjourner trois mois, de la mi-juin à septembre. Propos recueillis auprès des survivantes reflètent une vie rythmée par un service intensif : préparation et distribution de repas, entretien des dortoirs, lessive manuelle et tâches ménagères dans un cadre sans confort moderne.
« 300 ou 400 repas, sans machine à laver puisqu’il n’y avait pas d’électricité, à la fin je n’avais plus d’ongles… »
Les témoignages insistent sur la dureté des conditions de travail : absence d’électricité au début, éclairage à la bougie, lavage manuel de la vaisselle et du linge. Mais au-delà de l’effort, elles évoquent aussi la débrouille et la convivialité — caves naturelles pour conserver les vivres, draps séchés sous les sapins, et soirées improvisées autour d’un tourne-disques.
- Organisation : service de restauration pour centaines de repas quotidiennement;
- Conditions : vie sans électricité ni frigo au départ, montée en jeep, isolement;
- Ressorts humains : apprentissage, autonomie et solidarités villageoises.
Les souvenirs culinaires sont précis : menus simples mais soignés — salade de pissenlits (xicoia), truite meunière, pommes dauphine — préparés pour des hôtes venus profiter du Canigó. Marie-Thérèse se souvient aussi de l’importance financière de la saison : « Les 3000 francs de la saison m’avaient bien aidée », confie-t-elle, soulignant l’opportunité que représentait un tel emploi pour de nombreuses jeunes femmes rurales.
| Nom | Rôle évoqué |
|---|---|
| Josette Alcouffe | Lessive |
| Marie-Thérèse Mas-Oliveras | Serveuse |
| Dédée | Entretien (ménage, draps, vaisselle) |
| Dolores Mas-Peytavi | Personnel de service |
| Marie-Antoinette Ferrer-Puig | Personnel de service |
À soixante ans de distance, ces récits croisent deux temporalités : celle d’un établissement en chantier, appelé à être modernisé et rendu à nouveau accessible, et celle d’une mémoire vivante, faite d’anecdotes, d’efforts partagés et d’attaches familiales — les gérants Montserrat et Sauveur Taurinya ayant proposé ces emplois aux habitantes de Reynès.
Ce lien entre vallée et montagne, entre village catalan et sommet symbolique du département, est au cœur de ces témoignages. Il rappelle que le patrimoine des Pyrénées-Orientales n’est pas seulement bâti : il s’enracine dans les parcours et les voix des femmes qui ont façonné l’accueil montagnard d’hier. Les travaux actuels du chalet permettent aujourd’hui de documenter et d’inscrire cette mémoire dans la durée, alors que la convivialité d’autrefois cède progressivement la place à des normes modernes d’exploitation touristique.
Pratique : le chalet est actuellement partiellement fermé pour travaux et inaccessible en véhicule motorisé, ce qui explique que ces échanges aient été l’occasion de réunir des souvenirs préservés depuis des décennies.
À Reynès et dans la vallée du Canigó, ces récits trouvent un écho : celui d’une génération pour qui la montagne fut un lieu d’apprentissage et d’émancipation, au prix d’un travail dur mais porteur d’un sens profond.