Une montée des déchets qui fragilise le projet social
À Pollestres, à quelques kilomètres de Perpignan, la communauté Emmaüs Catalogne voit son activité bouleversée par l’explosion des dons non valorisables. Les responsables alertent sur la double menace : une dégradation de la qualité des objets déposés et une charge financière croissante pour traiter ce qui ne peut être revendu.
Sur l’année écoulée, la structure a récupéré au total 1 200 tonnes de biens divers. Parmi celles-ci, 300 tonnes sont jugées non valorisables et finissent en déchetterie, une gestion qui coûte à l’association 48 000 euros par an, chiffre communiqué par Thierry Hervouet, responsable de la communauté Emmaüs Catalogne à Pollestres.
La qualité des dons se dégrade pour plusieurs raisons. Les vêtements abondent, mais beaucoup sont en matières synthétiques de très mauvaise tenue, issus de la « ultra fast fashion ». Les volumes massifs et la faible durabilité des pièces réduisent fortement la part revendable.
« Sur un sac de 10 kilos, il y a peut‑être 1 kilo qui est revendable », déplore Ghislaine Vidal, secrétaire au bureau de l'association.
Le modèle économique d’Emmaüs, fondé sur la revente d’objets remis en état, est mis à mal. Les dons non commercialisables mobilisent des moyens humains et logistiques importants : tri, stockage, transport vers des centres de traitement ou déchetteries. Ces opérations pèsent sur les ressources de la communauté et diminuent les capacités d’insertion et d’accompagnement social qu’elle propose.
Conséquences locales :
- Augmentation des coûts de gestion des déchets pour l’association et potentiellement pour la collectivité.
- Réduction des recettes issues de la vente d’objets, fragilisant les actions sociales d’Emmaüs en territoire catalan.
- Pression accrue sur les filières locales de recyclage et sur les déchetteries.
Le phénomène s’explique aussi par l’essor des plateformes de seconde main et des acteurs commerciaux du marché de l’occasion. Selon la structure, la revente est devenue plus sélective et lucrative pour certains acteurs privés, qui captent les biens en meilleur état, laissant à Emmaüs une part dégradée et difficilement valorisable.
| Indicateur | Volume / Coût |
|---|---|
| Total de biens récupérés | 1 200 tonnes |
| Déchets non valorisables | 300 tonnes |
| Coût annuel de traitement | 48 000 € |
| Vêtements remis à un partenaire | 162 tonnes reçues → 20 tonnes retournées valorisables → 10 tonnes vendues |
Face à cette réalité, les responsables d’Emmaüs Catalogne cherchent des réponses pratiques : optimiser le tri, renforcer la sensibilisation des donneurs sur la qualité attendue, et développer des partenariats pour mieux orienter les flux. La question dépasse l’association : elle renvoie à nos pratiques de consommation, à la responsabilité des plateformes commerciales et à la capacité collective à limiter le gaspillage.
À Perpignan et dans les communes voisines, la situation d’Emmaüs Catalogne illustre un défi partagé entre solidarité et économie circulaire. Trouver un équilibre entre accueil des dons et préservation des moyens de l’action sociale restera un enjeu local majeur dans les mois à venir.