Un outil départemental pour mieux connaître qui pompe quoi
Le Syndicat des nappes de la plaine du Roussillon a présenté, le 8 octobre, Odaqui, une plateforme destinée à regrouper et publier les données relatives aux ressources en eau et aux prélèvements dans les Pyrénées-Orientales. Pensée et développée en interne par ses services — et notamment par l’ingénieur Grégoire Nadal — cette solution repose sur des logiciels libres et se veut accessible aux acteurs locaux.
La nouveauté est de taille pour un territoire où, depuis le début des épisodes de sécheresse, l’absence de visibilité sur les volumes prélevés par différents usagers était régulièrement pointée par les collectivités et l’État. Jusqu’ici, la plateforme Visi’eau66 fournissait des éléments sur la ressource, mais présentait des limites d’exploitation et un coût de location élevé pour les partenaires locaux.
« On peut consulter facilement des informations à l’instant T sur divers éléments, la pluviométrie, le débit des rivières, le niveau des barrages, mais aussi l’état de sécheresse des sols. »
Selon le Syndicat, Odaqui fournit une vision plus complète et centralisée, en intégrant, au-delà des données hydrologiques, les retours sur les volumes prélevés par station de pompage, les relevés de captages et, progressivement, les consommations mesurées pour des acteurs comme les campings.
Un coût divisé et des données partagées sous conditions
Le syndicat souligne également l’économie réalisée : là où la plateforme précédente représentait une dépense d’environ 100 000 € par an pour les acteurs concernés, Odaqui est exploitable pour un budget annoncé de 6 500 € TTC annuels. Cette baisse de coût facilite l’accès aux informations pour des collectivités et acteurs locaux qui étaient jusque-là pénalisés par la facture.
La mise en commun des fichiers bruts des prélèvements se fait toutefois avec des garde-fous. Certaines données seront jugées sensibles et ne seront pas systématiquement rendues publiques, afin de protéger des informations transmises par des collectivités ou des exploitants agricoles.
- Sources centralisées : pluviométrie, débits, niveaux de barrages, état de sécheresse des sols.
- Suivi des prélèvements : remontées mensuelles des captages et relevés par station de pompage.
- Accès progressif : intégration des compteurs pour certains usages comme les campings.
| Outil | Coût annuel |
|---|---|
| Visi’eau66 (ancienne plateforme) | ~100 000 € |
| Odaqui (nouveau) | 6 500 € TTC |
Enjeux pour l’agriculture et la gestion de la sécheresse
La meilleure connaissance des prélèvements est présentée comme un élément clé du plan de résilience adopté pour le département. Le syndicat rappelle que le secteur agricole représente une part importante des usages : il est cité dans les éléments transmis comme représentant 40 % des consommations — un chiffre qui explique l’intérêt porté à la traçabilité des volumes prélevés.
Pour les acteurs locaux, élus et techniciens, Odaqui doit permettre d’orienter des décisions plus précises en période de stress hydrique : quotas temporaires, ciblage des contrôles, ou priorisation des usages. À court terme, la plateforme servira aussi d’outil de transparence entre collectivités, agriculteurs et gestionnaires d’infrastructures.
Reste à observer la montée en charge : la qualité et la régularité des remontées dépendent de la participation des collectivités et des professionnels, ainsi que des choix de publication des données. Le syndicat mise sur un dialogue apaisé pour que l’outil serve l’intérêt général tout en respectant certaines réserves liées à la confidentialité.
Dans un département marqué par des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, Odaqui pourrait ainsi devenir un instrument central pour piloter l’eau à l’échelle locale et mieux préparer les saisons à venir.