Un chiffre en hausse qui cache une réalité fragile
En 2026, la production viticole des Pyrénées-Orientales remonte à 400 000 hectolitres, contre un niveau encore plus bas l’an dernier. Cette amélioration n’efface toutefois pas une trajectoire de long terme marquée par un effritement des surfaces et des volumes, qui pose la question de la viabilité économique et sociale de la filière locale.
Sur le demi-décennie écoulée, le vignoble départemental a perdu une part significative de ses hectares. En deux ans, près de 2 530 hectares ont été arrachés, et sur cinq ans la décroissance atteint plus de 5 000 hectares, faisant chuter la surface de 19 300 ha à environ 14 000 ha. Ce mouvement s’inscrit dans une décrue bien plus ancienne et profonde.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Production 2026 (P.O.) | 400 000 hl |
| Surface actuelle | 14 000 ha |
| Pertes de surface 2019-2024 | ~5 000 ha |
Les conséquences sont multiples : recul des débouchés commerciaux, baisse des rendements et fragilisation des exploitations familiales. La diminution des volumes disponibles alimente aussi une érosion des sorties de chais, déjà nette ces dernières années.
Rendements et commercialisation : deux leviers sous tension
Après des années de sécheresse et de rendements en berne, la productivité s’est redressée mais reste insuffisante. Le rendement moyen a fluctué fortement ces dernières saisons : s’il était supérieur à 30 hl/ha il y a une dizaine d’années, il était tombé autour de 18,5 hl/ha en 2022 avant de remonter pour approcher 28,6 hl/ha récemment. Ce niveau demeure toutefois en deçà des seuils nécessaires pour assurer la rentabilité moyenne d’un vignoble.
Parallèlement, la commercialisation s’érode : sur la campagne 2025-2026, les volumes écoulés ont chuté de l’ordre de 17 % par rapport à la période précédente et, sur plusieurs années, les sorties de chais cumulées ont reculé fortement, affectant notamment les segments des vins doux naturels et des AOP rouges.
Quelles pistes pour inverser la tendance ?
Les acteurs locaux évoquent plusieurs pistes : adaptation des cépages et des pratiques culturales pour résister au chaud et au sec, montée en gamme, diversification des débouchés (tourisme viticole, circuits courts) et structuration commerciale renforcée. La Chambre d’agriculture et les professionnels insistent sur la nécessité d’un diagnostic territorial fin et d’un soutien public ciblé pour accompagner les reconversions ou les investissements en irrigation raisonnée et protection phytosanitaire durable.
- Adapter les cépages et les techniques à un climat plus chaud.
- Structurer la commercialisation pour remonter les volumes vendus et préserver les appellations.
- Soutenir financièrement et techniquement les exploitations fragiles afin d’éviter des cessations en cascade.
La vigne fait partie intégrante du paysage culturel du Roussillon et de son identité catalane. Préserver cette filière, c’est aussi maintenir des emplois, des savoir-faire et un patrimoine paysager. Les chiffres de 2026 montrent qu’un redressement est possible, mais il exigera des choix concertés et des mesures concrètes pour transformer une reprise timide en dynamique durable.