Un obstacle levé sur le cours du Doubs
Au niveau du barrage de Crissey, en aval de Dole, le Doubs retrouve une circulation plus naturelle. Après plusieurs mois de chantier, EDF a mis en service une passe à poissons qui permet aux espèces aquatiques de franchir l’ouvrage hydroélectrique et de poursuivre leur remontée. Le site, situé au bout du chemin de la Prise d’eau, là où la rivière se sépare en deux bras entre une chute et les vestiges d’un ancien moulin, constituait jusqu’ici un point de blocage majeur.
Le secteur est reconnu pour sa biodiversité. Classé en liste 2, il impose le maintien du transport des sédiments et la libre circulation des poissons. C’était une exigence non négociable sur ce tronçon. Selon l’exploitant, la nouvelle installation répond à ces obligations et doit améliorer la fonctionnalité écologique de la rivière.
Un aménagement dimensionné pour toutes les espèces
L’ouvrage mesure 33 mètres de long. Il est rythmé par 11 bassins successifs. Des plots en béton modèrent le courant à chaque niveau pour permettre aux poissons les moins puissants de progresser progressivement. Dans ce secteur, on rencontre des brochets et de nombreux cyprinidés d’eau vive. L’objectif affiché est d’offrir un passage adapté à la diversité des capacités de nage présentes localement.
« C’est un cours d’eau à forte biodiversité, classé en liste 2 », explique Jérôme Lecomte, directeur de groupement hydroélectrique chez EDF. Il souligne la nécessité « de garantir à la fois le transport naturel des sédiments et la libre circulation des poissons migrateurs ».
Conçue pour durer, la passe est annoncée avec une durée de vie de 50 ans. L’ensemble est couvert par des grilles métalliques et l’aire a été clôturée pour sécuriser l’ouvrage. Pas d’accès au public: la zone reste technique et encadrée.
Un chantier technique sur terrain perméable
Le sous-sol a imposé des choix lourds. Le terrain, très perméable, a obligé à descendre les fondations jusqu’à 8 mètres pour stabiliser la structure. Le calendrier de réalisation s’est étalé de mai à octobre 2025, avec des interventions phasées pour s’adapter au régime de la rivière et aux contraintes du site hydroélectrique.
Le coût global annoncé atteint 1,2 million d’euros. Au-delà de l’investissement, l’exploitant met en avant un gain environnemental attendu: rétablir un continuum aquatique sur une zone de rupture historique, au pied d’un barrage et d’une centrale qui interrompaient la remontée des poissons.
Effets attendus pour le bassin du Doubs
L’impact ne se limite pas au seul périmètre de Crissey. La libre circulation des espèces et le meilleur transit des sédiments profitent à l’ensemble du cours, en amont comme en aval. Pour le Haut-Doubs comme pour la basse vallée, la reconnection des habitats peut favoriser la reproduction, la diversité génétique et, à terme, la résilience des peuplements piscicoles face aux étés secs.
Les associations halieutiques locales et les collectivités concernées devraient mesurer les effets dans la durée. Les suivis naturalistes et les retours de pêcheurs permettront d’objectiver l’efficacité de l’ouvrage selon les saisons, notamment lors des pics de migration. La protection mécanique (grilles) et la clôture limitent les risques pour le public tout en sécurisant la circulation des poissons à l’intérieur du dispositif.
Données clés de la passe de Crissey
| Caractéristiques | Valeur |
|---|---|
| Longueur | 33 m |
| Nombre de bassins | 11 |
| Fondations | jusqu’à 8 m de profondeur |
| Calendrier de travaux | mai–octobre 2025 |
| Investissement | 1,2 M€ |
| Durée de vie annoncée | 50 ans |
Ce qu’il faut retenir
- Le barrage de Crissey n’est plus un cul-de-sac écologique: les poissons peuvent désormais remonter le Doubs sur ce tronçon.
- L’ouvrage, sécurisé et fermé au public, a été pensé pour des espèces aux capacités de nage variées.
- Le bénéfice est attendu à l’échelle du bassin, avec un meilleur continuum écologique et un transit sédimentaire rétabli.
La mise en service de cette passe s’inscrit dans un mouvement de fond sur les rivières à enjeu. Ici, l’aménagement répond à une contrainte réglementaire mais surtout à une nécessité écologique, avec un pari sur le long terme: redonner de la mobilité et du souffle à la rivière.