Une épidémie plus vaste que les rapports officiels, selon l'OMS
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti mardi que l'ampleur de l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) pourrait être de deux à quatre fois supérieure aux chiffres communiqués par les autorités. Cette estimation, présentée par Chikwe Ihekweazu, responsable du programme de gestion des urgences sanitaires à l'OMS, souligne un décalage préoccupant entre la propagation réelle du virus et les cas recensés.
Chiffres et géographie de la propagation
Déclarée il y a deux mois en Ituri, à la frontière du Soudan du Sud et de l'Ouganda, l'épidémie a officiellement causé plus de 700 décès et près de 2 000 cas. Elle s'est étendue à quatre provinces supplémentaires : Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo et Haut-Uélé. Vingt cas ont par ailleurs été détectés chez le voisin ougandais.
| Indicateur | Valeur (officielle) |
|---|---|
| Décès | >700 |
| Cas déclarés | ~2 000 |
| Cas recensés en Ouganda | 20 |
Des cas non détectés et des soins tardifs
Selon l'OMS, le signal le plus préoccupant tient au nombre élevé de malades qui meurent dans leur communauté sans jamais atteindre un établissement de santé. Ces décès « communautaires » rendent la surveillance et l'isolement des malades plus difficiles et augmentent le risque de transmission non maîtrisée.
"L'épidémie continue de devancer les efforts de riposte"
Chikwe Ihekweazu a insisté sur le fait que, malgré une amélioration progressive des capacités de détection, la riposte peine à suivre la vitesse de propagation. Il a appelé à accélérer la recherche des contacts et à restaurer la confiance dans les structures de soins pour permettre une prise en charge précoce.
Signes encourageants, mais fragiles
Parmi les éléments positifs, l'OMS note une progression du suivi des contacts, qui approche désormais les 80%. De plus, plus de 90% des cas détectés restent concentrés en Ituri, ce qui offre une fenêtre d'intervention ciblée. Pourtant, la concentration géographique ne suffit pas : la dissémination vers d'autres provinces et pays voisins illustre le risque d'une crise régionale si la détection et la réponse ne sont pas intensifiées.
Conséquences et enjeux
- Renforcement urgent des capacités de surveillance et du traçage des contacts, pour réduire les transmissions non détectées.
- Accès sécurisé et confiance envers les structures de soins, indispensables pour que les malades se fassent prendre en charge tôt.
- Coordination internationale et soutien logistique, compte tenu de la progression rapide et de la propagation transfrontalière.
Pour la France et les autorités sanitaires internationales, cette mise en garde réaffirme la nécessité d'un suivi attentif de l'évolution épidémiologique en Afrique centrale, ainsi que d'un appui soutenu aux dispositifs locaux de riposte. La marge d'incertitude évoquée par l'OMS implique que les bilans publiés pourraient sous-estimer l'impact humain et sanitaire de cette épidémie, rendant d'autant plus cruciale la mobilisation rapide et coordonnée des acteurs sanitaires.