Des messages alarmistes qui percent sur les réseaux
Une étude récente publiée dans PLOS Digital Health a passé au crible près de mille vidéos TikTok consacrées à la crème solaire. Les résultats montrent un paradoxe inquiétant pour la prévention : si une large majorité des contenus (86,8 %) promeut l’utilisation de la protection solaire, une proportion infime (1,5 %) la présente comme dangereuse — et ce petit nombre provoque, en proportion, bien plus de réactions et de partage.
Pourquoi les messages anti-crème solaire font plus de bruit
Les spécialistes interrogés relient ce phénomène aux mécanismes mêmes des réseaux sociaux : les formats courts, l’économie de l’attention et l’algorithme favorisent les contenus qui surprennent, inquiètent ou suscitent la controverse. Le Dr Djaouida Belkadi-Sadou, dermatologue à Gustave Roussy, détaille ce biais :
« Les réseaux sociaux favorisent souvent les contenus qui suscitent la surprise, l’inquiétude ou la controverse. Une vidéo qui prétend révéler une « vérité cachée » sur les dangers de la crème solaire attire davantage les réactions qu’un message de prévention plus consensuel. »
Les idées reçues à déconstruire
Les vidéos anti-crème solaire exploitent plusieurs mythes largement diffusés. Le point central avancé par les dermatologues est que ces affirmations ne reposent pas sur les évaluations réglementaires européennes des filtres UV, ni sur la littérature scientifique relative aux bénéfices de la protection solaire.
- «La crème solaire est toxique» : les filtres autorisés sont soumis à des évaluations et aucun effet nocif avéré n'a été identifié dans ce cadre.
- Confusion avec les microplastiques ou incidents passés : certains épisodes, comme la découverte de benzène dans quelques lots en 2021, ont été liés à des défauts de fabrication et ont fait l’objet de rappels ciblés.
- La protection solaire protège contre les risques liés aux UV : ses bénéfices en prévention des coups de soleil et comme mesure de réduction du risque de lésions cutanées sont bien documentés.
Conséquences pour la santé publique et réponses possibles
Ce décalage entre fréquence et viralité des messages pose un défi concret : la désinformation, même marginale en volume, peut modifier les comportements — notamment chez les jeunes, population très présente sur TikTok. Pour les autorités de santé et les professionnels, l'enjeu est double : accroître la visibilité des messages validés et adapter la pédagogie aux formats numériques.
| Type de message | Proportion dans l'échantillon |
|---|---|
| Promotion de la crème solaire | 86,8 % |
| Présentation de la crème comme nocive | 1,5 % |
Les pistes préconisées incluent la production de contenus courts et accessibles par les autorités sanitaires et les sociétés savantes, la formation des médecins à la communication numérique, ainsi que des collaborations avec des créateurs influents pour diffuser des messages de prévention compréhensibles et partagés.
Un impératif : préserver la prévention sans alarmisme
La leçon principale est que la qualité du message ne garantit pas sa diffusion. Renforcer l’éducation aux médias, soutenir des campagnes de prévention adaptées aux codes des réseaux sociaux et maintenir la transparence sur les risques réels restent des priorités pour éviter que des allégations infondées n’affectent des comportements de santé essentiels.