Un signal d’alerte sanitaire sur l’île
Après plusieurs années de répit, le paludisme refait surface à Mayotte. Selon le dernier bulletin de Santé publique France en date du 26 juin, l’île enregistre 244 cas depuis le début de l’année 2026, dont 25 acquis localement. La trajectoire rompt nettement avec celle observée en 2025, où 111 cas avaient été comptabilisés sur l’ensemble de l’année, parmi lesquels cinq autochtones. Les nouveaux foyers sont particulièrement notés au sud de l’île, dans les communes de Chirongui, Bandrélé et Dembéni.
« la situation en ce moment est inquiétante »
Ce constat, rapporté par Youssouf Hassani, délégué régional de Santé publique France, illustre la dégradation de l’indicateur épidémiologique et la nécessité d’un suivi renforcé. Depuis janvier, 71 personnes ont été hospitalisées, dont quatre en réanimation. La présence continue de l’anophèle – le moustique vecteur du parasite – à Mayotte permet la circulation locale de la maladie lorsqu’elle est réintroduite.
Une reprise favorisée par le contexte régional
La résurgence mahoraise s’inscrit dans un environnement régional marqué par une charge épidémique élevée. D’après l’OMS, les Comores enregistrent plus de 20 000 cas annuels depuis 2022. À Madagascar, Médecins sans frontières fait état de 2,8 millions de cas en 2023, contre 1,7 million l’année précédente. Dans ce contexte, les cas importés vers Mayotte ont significativement augmenté.
« entre 2023 et 2024, on a presque triplé le nombre de cas importés »
Une fois introduit, le parasite peut se transmettre localement, notamment dans des zones où la présence de gîtes larvaires et la densité de moustiques sont élevées. Sur le terrain, les préoccupations se mêlent à la vie quotidienne. Devant une rivière polluée à Chirongui, une habitante résume la crainte partagée :
« Ça fait vraiment peur, les déchets attirent les moustiques »
Repères chiffrés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Cas totaux à Mayotte (2026, à date) | 244 |
| Cas autochtones (2026) | 25 |
| Cas totaux (2025) | 111 |
| Cas autochtones (2025) | 5 |
| Hospitalisations (2026) | 71 |
| Admissions en réanimation (2026) | 4 |
Une maladie longtemps contenue, désormais réactivée
Mayotte avait progressé vers l’élimination du paludisme, entrée dans cette phase en 2014 selon l’OMS, et ne comptait plus de cas indigènes depuis 2020. Cette dynamique est aujourd’hui contrariée. Dans certains quartiers, l’information n’a pas toujours pris la même vitesse que la circulation parasitaire. Au marché, une vendeuse témoigne de son étonnement :
« Je ne savais pas qu'il y avait le palu à Mayotte »
Le paludisme, responsable d’accès fébriles et de céphalées pouvant évoluer vers des formes graves, reste l’une des principales causes de mortalité infectieuse dans le monde, avec près de 600 000 décès annuels selon l’OMS. La combinaison d’importations récurrentes et d’un vecteur présent localement rend la vigilance indispensable, en particulier dans les zones de transmission identifiées.
Foyers au sud : quelles implications locales ?
La concentration de cas à Chirongui, Bandrélé et Dembéni met sous pression les acteurs de terrain : équipes hospitalières, réseaux de surveillance, et opérations de lutte anti-vectorielle. Le recours accru à l’hospitalisation depuis le début de l’année illustre ce stress sur les capacités de soins. Les autorités sanitaires suivent la situation pour adapter les dispositifs d’intervention sur les zones concernées.
- Des foyers actifs identifiés au sud de l’île nécessitent un suivi rapproché.
- La hausse des cas importés, en provenance de pays voisins fortement touchés, alimente la reprise locale.
- La présence persistante du moustique vecteur favorise la transmission dans certaines localités.
Informer sans alarmer
Face à cette reprise, la diffusion d’informations fiables demeure centrale. Les indications publiées par Santé publique France précisent les communes les plus touchées et l’évolution hebdomadaire des indicateurs. Le rappel des symptômes typiques et la nécessité de recourir rapidement aux soins en cas de fièvre dans un contexte d’exposition sont au cœur du message de prévention. Les habitants témoignent d’une préoccupation croissante, tout en appelant à une mobilisation à la hauteur des enjeux environnementaux locaux – notamment la gestion des déchets, citée parmi les facteurs qui aggravent la prolifération des moustiques.
La situation évolutive appelle à une attention soutenue. Les nouveaux chiffres, attendus dans les prochains bulletins sanitaires, permettront d’affiner l’évaluation du risque et d’orienter les priorités d’action dans les communes concernées, afin de freiner la dynamique de transmission et de protéger les populations les plus exposées.