Un mouvement qui dépasse les frontières départementales
À Troyes, mardi 30 juin à 10 h, une vingtaine de mandataires judiciaires se sont rassemblés devant la préfecture. La mobilisation, inscrite dans un mouvement d’ampleur nationale, a été entendue par le directeur de cabinet du préfet. Si l’action s’est tenue dans l’Aube, elle intéresse directement la Haute-Marne : la présidente de l’association des mandataires judiciaires indépendants de l’Aube et de la Haute-Marne, Flavienne Lemelle, a porté les revendications d’une profession qui accompagne au quotidien des personnes majeures vulnérables, y compris sur notre département.
Au quotidien, une présence à toutes les heures de la vie
Le métier reste souvent discret. Les mandataires œuvrent sur mandat du juge pour sécuriser la personne et ses biens. Leur intervention peut s’étendre sur des années, avec des responsabilités concrètes qui engagent la vie de familles entières. La parole recueillie sur place à Troyes rappelle ce socle de missions :
« Notre mission est de nous occuper de personnes vulnérables placées sous protection par un juge, et de leurs biens, sept jours sur sept, pour trouver un logement, une place en Ehpad, prendre des nouvelles, aller aux urgences, gérer les démarches administratives »
Derrière cette énumération, des situations humaines variées : démarches pour un hébergement adapté, entrée en établissement, suivi de santé, gestion des comptes, appui administratif. Autant d’étapes qui réclament temps, mobilité et disponibilité.
- Accompagnement 7 jours sur 7 auprès de majeurs protégés
- Recherche de logement ou de place en Ehpad
- Présence lors d’urgences et suivi des démarches administratives
Des rémunérations jugées en décalage avec la charge réelle
Au cœur de la contestation, la question de la rémunération, qualifiée d’insuffisante au regard des charges croissantes et de la complexité des situations. La profession met en avant un barème resté inchangé depuis plusieurs années, tandis que les attentes s’élargissent. Dans les faits, un mandataire gère fréquemment plusieurs dizaines de mesures et facture des montants qui, selon les professionnels mobilisés, ne reflètent plus l’investissement demandé.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Nombre moyen de personnes suivies par mandataire | environ 40 |
| Rémunération mensuelle par personne accompagnée | 120 à 130 € |
| Mandataires judiciaires indépendants dans l’Aube | 26 |
| Personnes placées sous protection dans l’Aube | 573 |
Ces repères, communiqués par la présidente de l’association Aube–Haute-Marne, éclairent l’équation économique telle qu’elle est vécue dans l’Aube. En Haute-Marne, les professionnels relèvent des réalités similaires, sans que des chiffres précis ne soient avancés lors de cette mobilisation.
Un service de proximité, y compris en zones rurales
Dans nos communes haut-marnaises, l’utilité de ce maillage est d’autant plus sensible que les services sociaux et médico-sociaux peuvent être éloignés. Les mandataires, souvent indépendants, assurent des trajets, coordonnent avec les établissements, prennent des nouvelles régulières. Ce « métier à la semelle » s’exerce dans la durée et suppose une articulation constante entre justice, santé, logement et administration. Pour les familles, c’est l’assurance d’un relais, parfois le seul, lorsque la perte d’autonomie ou les troubles cognitifs viennent bousculer les équilibres.
Des attentes claires vis-à-vis de l’État
La délégation reçue à la préfecture de l’Aube a mis sur la table une demande centrale : la revalorisation de la rémunération afin qu’elle corresponde à la réalité du terrain et aux charges supportées. Les professionnels estiment que la nature des mesures s’est complexifiée, nécessitant un suivi plus fin, administratif comme humain. Dans ce contexte, la stabilité de leur cadre de rémunération fragilise, selon eux, la pérennité du service rendu aux majeurs protégés.
Quelles conséquences pour les usagers et leurs proches ?
Pour les personnes protégées et les familles haut-marnaises, l’enjeu est celui de la continuité et de la qualité de l’accompagnement. Une valorisation adaptée participerait, selon les mandataires, au maintien d’un réseau de proximité apte à répondre rapidement aux urgences, à préparer des admissions en établissement, ou à régler des situations administratives complexes. À défaut, le risque pointé est celui d’un étiolement progressif de l’offre, d’autant plus sensible dans les territoires ruraux.
La mobilisation de Troyes aura donc valeur de signal pour l’ensemble du bassin Aube–Haute-Marne. Les professionnels attendent désormais des réponses nationales. En attendant, ils poursuivent leurs missions, souvent discrètes mais indispensables, auprès de celles et ceux que la justice place sous protection.