Virage numérique à la CdC, regards braqués sur l’humain
Vendredi 3 juillet, le 14e congrès de l’ordre régional des experts-comptables s’est tenu dans les locaux bastiais de la Collectivité de Corse. Un rendez-vous très attendu, placé sous un double mot d’ordre : intelligence artificielle et santé mentale. Dans l’amphithéâtre, une « petite moitié » des 196 professionnels que compte l’île a répondu présent. La salle a vite trouvé son sujet : l’automatisation des tâches et l’onde de choc que provoque l’IA dans les cabinets.
Le cœur du métier est en mutation. La saisie comptable, longtemps centrale, est désormais visée par des outils capables d’ingérer et d’organiser des flux en continu. Dans le même temps, l’entrée en vigueur de la facturation électronique, annoncée pour septembre 2026, impose un calendrier serré aux structures insulaires. À Bastia, la question n’est plus de savoir si le changement arrive, mais comment y faire face sans casser la dynamique des équipes.
Quand l’automatisation fragilise les postes
Dans les couloirs, on parle réorganisation, formation, redéploiement des compétences. Le diagnostic posé par les intervenants est clair : quand la machine capte la production de base, des postes deviennent vulnérables et chacun interroge la suite de son métier. L’incertitude pèse. La charge accumulée par les mises à jour réglementaires et les paramétrages techniques ajoute une tension diffuse. D’où un choix assumé par les organisateurs : ouvrir un espace sur la prévention des risques psychosociaux, sujet rarement mis en avant dans la profession.
"On ne veut plus que ce soit un sujet tabou... La santé mentale doit faire partie des actions que nous menons. Cela reste de la prévention, mais nous ne voulons plus être dans le déni."
La tonalité, toutefois, se veut rassurante. Le message martelé : la technologie libère du temps pour l’écoute, le conseil, l’accompagnement au plus près des clients et des territoires. Dans un bassin économique morcelé, ce repositionnement vers des missions à plus forte valeur peut constituer une voie de passage, à condition d’embarquer tout le monde.
Embarquer les équipes, lever les résistances
Devant les professionnels bastiais, une intervenante a résumé l’obstacle premier : la transformation n’avance pas sans heurts.
"Il n'y a pas de changement sans résistance"La phrase résonne dans une salle attentive, où beaucoup notent que les logiciels et process ne suffisent pas si l’on ne traite pas le facteur humain : clarté des rôles, rythme des déploiements, écoute managériale. À l’échelle des cabinets, la période impose méthode et transparence, pour éviter l’épuisement et garder la main sur le calendrier.
Facturation électronique : cap sur septembre 2026
Le passage à la e-facturation concentre les préoccupations. Il bouscule les habitudes des cabinets mais aussi celles des TPE-PME qu’ils accompagnent à Bastia et dans le reste de la Haute-Corse. Les experts-comptables se retrouvent en première ligne pour cadrer les choix d’outils, tester les flux, sécuriser la donnée et expliquer les impacts concrets aux dirigeants. Le congrès a rappelé que cette bascule doit être anticipée pour éviter un effet d’entonnoir à l’approche de l’échéance.
| Repères | Éléments clés |
|---|---|
| Lieu | Locaux bastiais de la Collectivité de Corse |
| Date | Vendredi 3 juillet |
| Participants | Une petite moitié des 196 experts-comptables insulaires |
| Points chauds | IA, saisie automatisée, e-facturation en septembre 2026, santé mentale |
Rester humains dans un monde qui s’accélère
Au fil des échanges, une ligne directrice s’impose : accompagner d’abord. Redire aux salariés que des perspectives existent au-delà de la saisie, vers le contrôle, l’analyse, le pilotage financier, la conformité, l’appui aux dirigeants. Installer des temps de respiration pour déminer les inquiétudes et préserver la qualité de service. À Bastia, où beaucoup de structures sont de taille modeste, l’écoute et la proximité demeurent des atouts. Encore faut-il leur donner de l’air dans l’organisation quotidienne.
- Priorité à la prévention des risques liés à la surcharge et à l’incertitude.
- Anticipation des chantiers techniques liés à la facturation électronique.
- Montée en compétence vers le conseil et l’accompagnement des entreprises locales.
Le congrès bastiais aura au moins fixé un cap : faire de la transition numérique un levier pour renforcer la relation aux clients, sans laisser de côté ceux qui la mettent en œuvre. Une équation exigeante, mais incontournable à l’approche des nouvelles obligations.