Une consommation désormais mesurable sur le territoire
Les premiers résultats de l’enquête EpiMay 2025 dressent un tableau préoccupant : la drogue dite « chimique » s’est installée dans les habitudes de consommation à Mayotte. Menée auprès de 1 000 ménages, l’étude estime qu’environ un adulte sur vingt a déjà expérimenté ce produit. L’usage quotidien toucherait quant à lui 52 personnes pour 10 000, ce qui correspond à près de 870 habitants selon les auteurs.
Ces chiffres, même s’ils nécessitent d’être complétés et analysés sur la durée, montrent que la « chimique » n’est plus marginale et touche des milieux variés sur le territoire.
Une hausse notable chez les femmes
Parmi les évolutions observées, la progression de l’expérimentation chez les femmes interpelle : elle atteint 3 % en 2025, contre moins de 1 % en 2019. Les auteurs de l’étude reconnaissent que cette augmentation reste difficile à expliquer, et appellent à des travaux complémentaires pour mieux comprendre les facteurs en jeu.
Risques sanitaires et populations fragiles
La « chimique » rassemble des cannabinoïdes de synthèse dont les effets peuvent être très violents et imprévisibles. Les professionnels de santé et acteurs associatifs alertent sur la fréquence d’épisodes psychiatriques et de troubles du comportement rapportés après consommation. L’usage régulier semble davantage concentré chez des personnes en situation de fragilité sociale, ce qui complexifie l’accès aux soins et aux dispositifs de prévention.
- Expérimentation : ~1 adulte sur 20
- Consommation quotidienne : 52/10 000 (~870 personnes)
- Augmentation chez les femmes : 3 % en 2025 vs <1 % en 2019
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Adultes ayant déjà essayé | ~1 sur 20 |
| Consommation quotidienne (pour 10 000) | 52 (≈870 personnes) |
| Expérimentation féminine (2019 → 2025) | <1 % → 3 % |
Réponses locales : prévention, addictologie, équipes mobiles
Face à ces constats, les acteurs sanitaires renforcent leurs actions : campagnes d’information, développement des consultations en addictologie et déploiement d’équipes mobiles pour aller au-devant des populations. Ces dispositifs cherchent à réduire les risques immédiats liés à des produits aux effets parfois graves et à faciliter l’orientation vers des soins adaptés.
Sur le terrain, associations et professionnels insistent pour que ces mesures s’accompagnent d’un travail social et d’un suivi psychologique, en particulier pour les personnes en précarité, afin d’éviter la stigmatisation et de garantir un accès effectif aux soins.
Ce qu’il faut retenir
Si les chiffres donnent une photographie partielle, ils confirment une diffusion réelle de la « chimique » à Mayotte et une évolution qui mérite une vigilance renforcée. Les autorités sanitaires et les partenaires locaux devront articuler prévention, prise en charge et actions sociales pour répondre à un phénomène qui affecte déjà plusieurs centaines d’habitants sur l’île.