Une action coup de poing dans les quartiers sud
À Bastia, vendredi 3 juillet, une vingtaine de militants de Nazione ont occupé une agence de la Société Générale située dans les quartiers sud. L’initiative visait à mettre en lumière, selon le mouvement indépendantiste, des pratiques bancaires jugées défavorables aux habitants et aux entreprises de l’île.
« un système bancaire qui n’est pas établi au service de la Corse et du développement de la Corse, et qui est livré aux logiques des banques privées »
Cette critique, portée par Éric Simoni, membre du bureau de Nazione, donne le ton d’une mobilisation ciblée sur l’accès au financement. Les militants affirment que les ménages comme les entrepreneurs se heurtent à des critères pénalisants lorsqu’ils sollicitent des prêts.
Épargne locale et crédits : un décalage dénoncé
Au cœur des griefs, Nazione pointe un paradoxe : l’importance de l’épargne placée par les Corses et sa destination supposée vers des projets extérieurs à l’île. Le mouvement met en cause une répartition des ressources financières qui ne profiterait pas suffisamment à l’économie locale.
« Il y a une disparité entre les moyens qu’ont les Corses et les possibilités qui leur sont offertes. On s’aperçoit que l’épargne corse est conséquente, mais qu’elle ne sert pas à développer la Corse, mais plutôt des intérêts étrangers. »
Pour ses représentants, cette situation accentue les difficultés d’investissement et freine des projets considérés comme structurants. Le mouvement associe cette critique à la réalité sociale de l’île, qu’il décrit comme la région la plus pauvre du pays, et argue de l’urgence d’un changement d’approche.
Des pistes avancées par Nazione
Au-delà de la dénonciation, les militants mettent sur la table plusieurs pistes opérationnelles. Leur objectif déclaré : réorienter l’épargne et créer un environnement de crédit plus favorable aux acteurs locaux.
- Réviser les critères d’attribution des crédits, jugés « pénalisants » pour les résidents.
- S’inspirer d’exemples européens, citant les Länder allemands comme référence partiellement transposable.
- Créer une banque publique régionale dédiée aux secteurs stratégiques (agriculture, industrie, innovation).
- Renforcer le rôle de l’ADEC et de la CADEC par une autonomie de financement accrue et des fonds propres.
- Étoffer le microcrédit jusqu’à 50 000 €, contre 12 000 € actuellement cités par le mouvement.
Un projet orienté vers les secteurs jugés stratégiques
Selon Nazione, l’architecture d’une banque publique régionale permettrait de concentrer l’épargne insulaire vers des filières ciblées. L’idée est de donner de la profondeur financière à des investissements perçus comme essentiels à l’autonomie économique.
| Mesure | Objectif affiché |
|---|---|
| Banque publique régionale | Canaliser l’épargne locale vers l’agriculture, l’industrie, l’innovation |
| Renforcement ADEC/CADEC | Accroître la capacité d’intervention avec des fonds propres |
| Microcrédit jusqu’à 50 000 € | Donner un véritable coup d’amorçage aux petites entreprises |
Un appel à un cadre politique rénové
Les porte-parole du mouvement lient ces propositions à une évolution du cadre politique régional. Ils plaident pour des mécanismes qui, selon eux, rendraient l’économie plus résiliente et plus ancrée dans les besoins du territoire. L’accent est mis sur des décisions publiques susceptibles de modifier la circulation de l’épargne et la distribution du crédit.
« Nous demandons que le rôle de l’ADEC et de la CADEC soit mieux encadré et renforcé par une autonomie de financement avec des fonds propres. »
Le recours à des modèles extérieurs, en partie transposables, fait partie de leur argumentaire. L’objectif affiché est de doter l’île d’outils calibrés pour ses spécificités économiques.
Un débat ouvert à Bastia
À l’issue de cette action, le débat est relancé localement sur l’accès au crédit immobilier, le financement des entreprises et l’utilisation de l’épargne insulaire. Les propositions formulées, qu’il s’agisse d’un établissement public régional ou d’un relèvement des plafonds de microcrédit, s’adressent autant aux décideurs politiques qu’aux acteurs bancaires. Reste à voir quelles réponses suivront, et selon quel calendrier.