Un recul gouvernemental, un secteur toujours sous tension
Le cent vingt-cinquième anniversaire de la loi de 1901, célébré ce 1er juillet, aurait pu offrir un moment de respiration. Dans les Hautes-Alpes, l’économie sociale et solidaire (ESS) reste pourtant en alerte. Après avoir annoncé le 9 juin une coupe de 30 % des crédits nationaux, le ministre chargé de l’ESS, Serge Papin, est revenu sur sa décision le 22 juin. Un soulagement, pas une sortie de crise.
La députée des Hautes-Alpes Marie-José Allemand (PS), qui avait saisi le gouvernement par une question écrite, salue ce revirement, tout en rappelant l’utilité vitale de ces structures dans nos vallées et plateaux. L’Association des maires de France (AMF) a, elle aussi, exprimé son inquiétude dans un courrier du 16 juin adressé au Premier ministre, pointant des acteurs « essentiels » au fonctionnement de nombreuses communes et intercommunalités.
« Une excellente nouvelle », pour la députée des Hautes-Alpes Marie-José Allemand (PS). « Le gel des crédits destinés à l’économie sociale et solidaire aurait fragilisé des milliers d’associations, de coopératives et d’entreprises qui jouent un rôle indispensable dans nos territoires, notamment en milieu rural ».
Mobilisation express, répit compté
Le président de l’union départementale de l’ESS dans les Hautes-Alpes, Jean-Claude Eyraud, souligne l’ampleur de la mobilisation. La lettre ouverte d’ESS-France adressée au Premier ministre a été cosignée par 4 000 dirigeantes et dirigeants du secteur. L’effet a été immédiat : la baisse annoncée est abandonnée. Mais le diagnostic local reste sévère : fonds propres maigres, subventions décisives, ressources humaines fragilisées.
« Il y a eu une forte mobilisation (...). Le résultat, c’est que le ministre Papin est revenu sur la baisse de 30 % des crédits. »
Ce répit ne gomme pas les problèmes structurels. Les associations, souvent faiblement capitalisées, encaissent mal les à-coups budgétaires. Quand la subvention tombe, c’est l’emploi qui vacille, parfois la structure entière. Et la relève militante ne suit pas le rythme : le vieillissement des bénévoles pèse sur le maillage d’entraide, d’insertion, de culture, de soins ou de services de proximité qui maintient la cohésion en altitude.
Un automne budgétaire décisif
Les regards se tournent vers le projet de loi de finances attendu à l’automne. Les responsables locaux le savent : l’ESS n’est pas tirée d’affaire. La perspective d’un nouveau débat sur l’allocation des crédits place à nouveau les associations « sur la sellette ». Dans un département où la distance, l’isolement hivernal et la faiblesse de certains marchés privés limitent l’offre de services, ces structures tiennent des postes-clefs : aide à domicile, médiation, insertion, tiers-lieux, animation sportive et culturelle, circuits courts, tourisme social. Quand l’une cède, c’est tout un écosystème de proximité qui se fissure.
Pourquoi l’ESS pèse autant en montagne
- Rareté de l’offre privée dans les vallées reculées : l’ESS comble les vides, du quotidien aux urgences sociales.
- Modèle coopératif et associatif : ancré localement, il maintient des activités non rentables mais indispensables.
- Effet d’entraînement : emplois non délocalisables, dynamisation des centres-bourgs, services aux saisonniers.
La séquence des dernières semaines le rappelle : sans visibilité financière, le maillage associatif se tend. Les responsables départementaux appellent à sécuriser le financement pluriannuel, à mieux reconnaître la spécificité rurale et montagnarde, et à soutenir le renouvellement du bénévolat, nerf discret mais essentiel.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 9 juin | Annoncé : baisse de 30 % des crédits de l’ESS. |
| 16 juin | Courrier de l’AMF au Premier ministre pour alerter sur l’impact territorial. |
| 22 juin | Le ministre Serge Papin renonce à la baisse annoncée. |
| 1er juillet | Anniversaire des 125 ans de la loi de 1901 ; les acteurs locaux restent vigilants. |
Ce qui se profile dans les Hautes-Alpes
Entre Boucle du Drac et hautes vallées du Queyras, l’ESS demeure le tampon entre besoins croissants et budgets contraints. Les échanges avec l’État devront clarifier, à l’automne, le cadrage financier 2027. D’ici là, les associations des Hautes-Alpes reprennent leur souffle, organisent, priorisent, chiffrent. Elles savent que la prochaine bascule se jouera sur quelques lignes de crédits. Et qu’en montagne, quand un service disparaît, il ne revient pas facilement. Autant dire que la bataille ne fait que commencer.