Un saut industriel pour la fabrication des pièces nucléaires
Framatome a officiellement inauguré son nouveau centre de fabrication additive à Romans-sur-Isère, une installation de 6 000 m² qui combine plusieurs technologies d'impression métallique. Selon la direction, ce site est « unique en Europe » pour la gamme de tailles et de procédés qu'il rassemble, de la fusion laser sur lit de poudre à la fabrication par arc-fil.
Le principal intérêt industriel est la capacité à produire des pièces allant « de quelques grammes à 25 tonnes », détail avancé par les responsables. Cette amplitude permet de traiter aussi bien de petites pièces que des composants massifs utilisés dans les réacteurs. L'un des équipements mis en avant est un bras robotique long de 4,20 mètres, qui opère en dépôt de métal — une technologie comparée, dans la source, à « un immense fer à souder avec de l'acier en fusion ».
« On peut construire des pièces qui vont de quelques grammes à 25 tonnes », se réjouit Mohamed Zouari.
Délais et émissions : des promesses chiffrées
Framatome illustre l'intérêt concret de ces procédés sur une pièce critique : une roue de réacteur. Là où la fabrication en fonderie prenait environ trois ans, l'impression additive permettrait d'obtenir la pièce en quatre mois puis, après post-traitement, d'être livrée en onze mois. Le groupe met aussi en avant un gain environnemental important, affirmant une réduction de 80 % des émissions de CO2 comparée à la fonderie pour ce type de composant.
Quels enjeux pour la filière et la souveraineté industrielle ?
Pour le secteur nucléaire et plus largement pour l'industrie lourde, ces capacités représentent plusieurs bénéfices potentiels : réduction des délais d'approvisionnement, baisse des coûts de production à terme, et diminution de l'empreinte carbone des pièces lourdes. La production locale de composants complexes renforce également la souveraineté industrielle, un argument désormais central dans les politiques d'approvisionnement des infrastructures critiques.
- Gain de temps : de 3 ans (fonderie) à 11 mois (impression + post-traitement).
- Réduction CO2 : -80 % revendiqués pour certaines pièces par rapport à la fonderie.
- Échelle : pièces de quelques grammes à 25 tonnes sur un même site de 6 000 m².
Questions ouvertes
Reste à préciser certaines dimensions : le coût industriel réel par pièce à pleine échelle, la robustesse et la répétabilité des procédés pour des composants soumis à des contraintes nucléaires extrêmes, ainsi que la qualification réglementaire pour l'usage en réacteur. Ces points détermineront si l'impression additive devient une voie de production standard ou reste cantonnée à des pièces particulières.
Quoi qu'il en soit, l'ouverture à Romans-sur-Isère place la France et Framatome au coeur d'une compétition européenne et mondiale sur la fabrication additive métallique à grande échelle, avec des effets potentiels sur les chaînes d'approvisionnement, l'empreinte carbone industrielle et la maîtrise technologique nationale.