Le tribunal suspend l’autorisation, ouvre un délai de régularisation
Le projet d’usine de dessalement d’Ironi Bé, porté sur la commune de Dembéni, voit son autorisation environnementale suspendue par le tribunal administratif. Dans un jugement rendu le 31 juillet, les juges identifient trois manquements dans l’arrêté préfectoral du 3 juillet 2025 et accordent un délai de six mois au Syndicat mixte Les Eaux de Mayotte (LEMA) et au préfet pour corriger ces irrégularités avant une décision définitive sur le recours des associations.
Le recours avait été déposé en septembre 2025 par Mayotte Nature Environnement (MNE), France Nature Environnement (FNE) et GEPOMAY. Les magistrats ont retenu trois points précis d’illégalité, liés aux risques pour le lagon, aux protections des écosystèmes marins et à la sauvegarde d’une espèce végétale protégée.
Trois manquements identifiés
- Information manquante au Parc naturel marin sur les rejets chimiques prévus dans le lagon et insuffisance des mesures de compensation pour la destruction des zones humides.
- Absence de dispositifs de protection des fonds marins, en particulier l’absence d’un écran anti-matières en suspension (MES) pour limiter l’impact des travaux.
- Pas de mesures spécifiques pour la protection du palétuvier gros poumon (Bruguiera gymnorhiza), espèce végétale protégée concernée par le chantier.
| Point | Constat du tribunal |
|---|---|
| Information | Parc naturel marin pas informé des rejets chimiques |
| Protection marine | Pas d’écran anti-MES prévu |
| Espèce protégée | Aucune mesure spécifique pour Bruguiera gymnorhiza |
Le tribunal n’a toutefois pas retenu les arguments relatifs à la participation du public. Il juge que la mise à disposition du dossier entre le 18 mars et le 17 avril 2025 a permis une participation suffisante pour satisfaire aux exigences de procédure, même si une enquête publique aurait été la voie habituellement recommandée.
Conséquences locales et suites possibles
La suspension freine pour l’instant l’avancement des travaux et pose la nécessité d’un réexamen technique et environnemental. Pour les riverains et les acteurs de l’eau à Mayotte, l’enjeu est double : répondre au besoin en eau potable tout en garantissant la préservation du lagon et des zones humides, essentielles pour la biodiversité et les moyens de subsistance locaux.
Les autorités disposent maintenant d’un délai de six mois pour apporter les compléments exigés. Si les corrections apportées satisfont le tribunal, l’autorisation pourrait être rétablie. À défaut, l’arrêté préfectoral resterait annulé, obligeant les porteurs du projet à reprendre une partie de la procédure.
Information pratique
- Lieu du projet : Dembéni (site d’Ironi Bé).
- Décision : suspension de l’autorisation environnementale par le tribunal administratif (31 juillet).
- Délai : six mois pour régulariser les trois points mis en cause.
Les associations ayant saisi la justice gardent la possibilité de suivre l’exécution de la décision et de contester de nouvelles pièces si elles estiment que les mesures proposées restent insuffisantes. La lecture locale de ce jugement mêle espoir d’une meilleure protection environnementale et interrogation sur la rapidité à concilier urgence hydrique et qualité écologique.