Trois ans après le début de la pandémie, la société est confrontée à un paradoxe : les connaissances scientifiques ont progressé, mais certains acquis de santé publique se sont fragilisés. Le constat rapporté par Samuel Rochette — notamment une chute importante de la couverture vaccinale infantile et une recrudescence d'infections auparavant maîtrisées — illustre que la diffusion du savoir ne suffit pas à imposer des décisions.
La science comme boussole, pas comme gouvernail
Le propos central est simple : la science identifie des faits et des conséquences probables, elle éclaire les choix, mais elle ne dicte pas automatiquement ce que doit être la politique publique. Cité dans Le Devoir, l'échange au sujet des intentions du Parti conservateur du Québec — et la formule mise en avant par une de ses députées,
« brasser la cage »— ravive une question essentielle : jusqu'où laisser la science orienter l'action publique lorsque ses prescriptions heurtent des préférences sociales, culturelles ou individuelles ?
Les exemples avancés rendent l'enjeu tangible. Sur l'urbanisme, la recherche montre que la densité des logements favorise l'efficacité des transports en commun, diminue la pollution et optimise les infrastructures. Sur la sécurité, l'augmentation de la présence policière est associée à une réduction de la criminalité. Ces résultats scientifiques permettent de prévoir des effets — mais pas de trancher automatiquement.
- Science : fournit des constats, des corrélations et des prédictions.
- Valeurs : déterminent l'acceptabilité des mesures (ex. préférence du logement individuel vs collectif).
- Politique : arbitrage entre efficacité scientifique et principes démocratiques ou socioculturels.
Des choix qui restent politiquement chargés
La tension apparaît dès qu'un conseil scientifique heurte des préférences établies. Construire davantage en hauteur peut réduire les émissions et rendre les services publics plus soutenables, mais impose un changement de mode de vie inacceptable pour certains. Multiplication des patrouilles policières et baisse de la délinquance vont de pair, mais soulèvent des questions sur les libertés publiques et la coexistence sociale.
Le propos rappelle aussi une leçon tirée de la pandémie : disposer d'une connaissance claire ne garantit pas son application. La confiance, la communication, les institutions et les arbitrages démocratiques sont au moins aussi déterminants que les modèles et les études. Le débat public doit donc articuler la robustesse des preuves scientifiques et la légitimité des choix collectifs.
| Dimension | Rôle |
|---|---|
| Science | Éclaire les conséquences probables, identifie des leviers |
| Valeurs sociales | Définissent l'acceptabilité et les priorités |
| Décision politique | Arbitre entre efficacité, équité et préférences |
La question n'est pas de nier la science, mais de reconnaître ses limites en tant que moteur unique des politiques. Les gouvernants doivent conjuguer les savoirs scientifiques avec des choix de société explicites, assumés et débattus, pour que les mesures restent à la fois efficaces et légitimes aux yeux des citoyens.