Une présence accrue des patous au cœur des espaces naturels
Dans les Pyrénées-Orientales, la montée en nombre des patous — ces bergers des Pyrénées souvent imposants — suscite de vifs débats. Recommandés par le gouvernement pour protéger les troupeaux contre le loup et les chiens errants, ces chiens de protection sont désormais plus nombreux et parfois déployés en plusieurs exemplaires par troupeau.
Cette évolution, liée à la recrudescence des attaques de loups, s’accompagne d’incidents dignes d’attention : agressions, situations de panique pour des promeneurs, et cas médiatisés qui interrogent sur les modalités de cohabitation entre usagers de la nature et monde pastoral.
Incidents récents dans le département
| Année | Lieu | Faits rapportés |
|---|---|---|
| 2010 | Céret | Demande de capture de patous jugés trop agressifs |
| 2011 | Cerdagne / près d’Argelès-sur-Mer | Deux touristes attaqués et mordus |
| 2020 | Hauteurs de Céret | Promeneurs bloqués au bord d’une falaise, hélitreuillés |
| 2023 | Vallespir | Cycliste gravement mordu au mollet |
| 2025 | Massif des Pyrénées | Associations d’accompagnateurs lancent l’alerte sur le nombre de patous |
| 2026 | Mosset | Fête du pastoralisme et démonstration de dressage organisée fin juin |
Éleveurs et sensibilisation : tenter d’apaiser les tensions
Face aux craintes des usagers, certains éleveurs multiplient les initiatives de pédagogie. À Mosset, une éleveuse de chèvres a organisé fin juin une fête du pastoralisme avec une démonstration de dressage visant à désamorcer les peurs et à rappeler « les bons gestes » à adopter près des troupeaux.
« Il s’identifie à une chèvre »
Pour son chien né dans la bergerie, l’éleveuse souligne le lien fort qui unit l’animal au troupeau : « Il s’identifie à une chèvre, il pense qu’il est un petit ruminant et va être perdu s’il n’a pas de chèvre avec lui. » Cette observation illustre la logique comportementale du patou et la raison pour laquelle certains chiens restent attachés aux animaux qu’ils protègent.
Vers une cohabitation encadrée
La question centrale reste celle de la cohabitation. Les autorités et les acteurs locaux (éleveurs, accompagnateurs en montagne, collectivités) doivent concilier deux impératifs : préserver la protection des troupeaux face au prédateur et garantir la sécurité des promeneurs. Le débat porte aussi sur les réponses en cas d’agressivité avérée, qui, par le passé, ont pu conduire à des mesures fortes — capture, expertise comportementale, voire euthanasie après avis spécialisé.
- Pour les promeneurs : rester sur les sentiers balisés, garder ses distances avec les troupeaux et éviter les approches brusques.
- Pour les randonneurs et cyclistes : ralentir, descendre du vélo si l’on traverse un troupeau, informer les accompagnateurs.
- Pour les élus et associations : renforcer la communication locale et organiser des temps de formation et de médiation entre usagers et éleveurs.
La préservation du pastoralisme et l’accès aux espaces naturels sont des enjeux partagés en Roussillon. Trouver des solutions pratiques et acceptées de tous requiert de la pédagogie, des règles claires et une coopération soutenue entre les acteurs du terrain. À défaut, la peur risque d’empiéter durablement sur la fréquentation et la vie rurale du département.