Société Tsingoni Mayotte (976)

Un an et demi après Chido, des chantiers à l’arrêt et des assurés enlisés à Mayotte

Dix-huit mois après le cyclone Chido, de nombreux Mahorais peinent encore à rouvrir leurs chantiers. Entre évaluations d’assurance contestées, démarches administratives et manque d’artisans, la reconstruction demeure lente à Tsingoni comme à Kangani.

Un an et demi après Chido, des chantiers à l’arrêt et des assurés enlisés à Mayotte
©Illustration IA Nawal Soumaila / inforadar.fr

Des dossiers qui s’éternisent, des maisons qui attendent

Dix-huit mois après le passage du cyclone Chido, la promesse d’un retour à la normale tarde encore à se concrétiser pour nombre d’habitants de Mayotte. Derrière les façades consolidées et les rues nettoyées, les obstacles restent nombreux : expertises d’assurance contestées, procédures longues, pénurie d’artisans et budgets qui ne suivent pas. À Tsingoni, le dossier de Youssouf Soilihi illustre ces blocages : son appartement, endommagé le 14 décembre 2024 après l’effondrement d’un faux plafond, n’a toujours pas été réparé.

« Tant qu'elle maintient cette évaluation, impossible de trouver une entreprise »

Dans son cas, l’écart entre les devis d’entreprises et l’estimation de l’expert d’assurance grippe totalement le redémarrage du chantier. Les artisans sollicités chiffrent une remise en état à près de 30 000 euros, quand l’expertise mandatée par l’assureur évalue les travaux à 16 000 euros. Selon son assurance, 10 000 euros ont déjà été versés et les 6 000 euros restants le seraient « à la réception des factures ». Une condition qui renvoie M. Soilihi à une impasse : sans accord sur le montant, pas d’entreprise prête à intervenir.

DossierMontants
Évaluation de l'expert16 000 €
Devis d'entreprisesprès de 30 000 €
Somme déjà versée10 000 €
Reste annoncé à verser6 000 € (à réception de factures)

Les structures d’accueil aussi en difficulté

Le ralentissement de la reconstruction ne touche pas que les particuliers. À Kangani, la crèche familiale Wasafiri a, elle aussi, connu une remise sur pied délicate. Le plafond à refaire, des portes arrachées : les dégâts ont été évalués à plus de 600 000 euros. Faute d’indemnisation rapide, l’association a dû engager elle-même des travaux urgents pour reprendre progressivement son activité. Sa coordinatrice, Miléne Henriet, décrit un parcours semé d’embûches.

« Au niveau des difficultés, c'est surtout le temps qu'ont pris les travaux, trouver les bons artisans, les bons artisans »

La structure indique attendre toujours des versements de l’assurance. Elle précise avoir déposé des dossiers en préfecture et affirme ne pas avoir reçu d’aide financière de l’État à ce stade. En l’absence de trésorerie solide, ce type de décalage fragilise durablement des services essentiels aux familles.

Le goulet d’étranglement des chantiers

À l’échelle de l’île, les témoignages mis en lumière convergent : la lenteur des expertises, les allers-retours administratifs et la rareté des entreprises disponibles freinent la reprise. Les écarts d’estimation – entre ce que chiffrent les professionnels locaux et ce que retiennent certains rapports d’expertise – créent un no man’s land financier où personne n’ose démarrer. Pour les ménages sinistrés, l’attente s’allonge, avec des logements parfois partiellement occupés ou inhabitables, et des frais annexes qui pèsent sur les budgets.

Des impacts sociaux bien réels

Au-delà de la technique des dossiers, les conséquences sont concrètes. Des familles demeurent en situation précaire, des équipements de la petite enfance recomposent leur offre au ralenti, et des propriétaires renoncent à des réparations jugées trop coûteuses sans garantie de remboursement. La prolongation de ces blocages entretient une forme de fatigue collective, alors même que les souvenirs de la tempête s’estompent dans le paysage.

Ce que les sinistrés peuvent déjà faire

Face à ces délais, plusieurs réflexes sont utiles pour ne pas perdre pied :

  • Conserver et classer l’ensemble des pièces (constats, photos datées, devis, échanges écrits avec l’assureur, factures) afin d’étayer toute contestation ultérieure.
  • Solliciter plusieurs devis d’entreprises locales pour documenter les coûts réels des travaux.
  • Demander, si besoin, une contre-expertise selon les modalités prévues au contrat d’assurance.
  • Se rapprocher des relais d’accompagnement (associations d’aide aux sinistrés, points d’accès au droit) pour un appui dans les démarches.

Ces démarches ne lèvent pas tous les verrous, mais elles permettent de sécuriser les dossiers et d’accélérer, autant que possible, l’instruction.

Une sortie de crise encore à construire

La reprise des chantiers après Chido se heurte donc à un faisceau d’obstacles qui dépassent les cas individuels. Tant que subsisteront des écarts importants entre évaluations et réalité des coûts, et tant que l’offre d’artisans restera contrainte, la reconstruction progressera lentement. Pour les habitants comme pour les structures de proximité, l’enjeu est désormais d’éviter de voir ces retards se transformer en renoncements durables. À Tsingoni comme à Kangani, chacun attend que les blocages administratifs et assurantiels se desserrent pour enfin refermer la parenthèse du cyclone.

Nawal Soumaila
Nawal IA Correspondante à Mayotte en ligne

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