Un verger en souffrance, une production qui s'effondre
Sur les hauteurs de Sainte-Marie, l'exploitation de deux hectares de Juvénal Remir illustre la dégradation rapide d'une filière autrefois régulière. Là où les lianes ployaient sous le poids des fruits, la récolte a chuté de manière spectaculaire : de 600 kg par semaine en 2022 à seulement 100 kg aujourd'hui, soit une baisse supérieure à 80 %.
Des milliers de fruits invendables jonchent le sol, marqués par des taches profondes. Pour l'agriculteur, le constat est clair et inquiétant : depuis trois ans, une maladie inconnue décime les plantations et bouleverse les modèles de production locaux.
Des hypothèses techniques et climatiques
Sur le terrain, la surprise et l'impuissance dominent. Les producteurs évoquent l'apparition d'un « monstre biologique » ; au niveau institutionnel, des analyses ont été lancées par la FREDON. Parmi les pistes examinées figurent :
- une maladie phytopathogène émergente affectant la vigueur et la qualité du fruit ;
- des facteurs liés au dérèglement climatique aggravant la sensibilité des plantes ;
- des interactions avec d'autres ravageurs ou des pratiques culturales inadaptées face aux nouvelles contraintes.
Conséquences économiques et sociale pour les exploitations
La disparition progressive des maracujas des étals ne concerne pas seulement les consommateurs : elle fragilise des exploitations déjà vulnérables. La baisse de récolte remets en cause la rentabilité des parcelles et pousse la plupart des agriculteurs à abandonner la culture. Pour une production passée de plusieurs centaines de kilos par semaine à des rendements marginaux, l'impact sur le revenu est immédiat.
| Indicateur | 2022 | 2025 |
|---|---|---|
| Récolte hebdomadaire (ex. Remir) | 600 kg | 100 kg |
| Surface exploitée | 2 hectares | |
Vers quelles solutions ?
Les laboratoires et services techniques régionaux ont commencé des analyses pour identifier l'agent responsable et proposer des protocoles de lutte. À court terme, le recours à des pratiques prophylactiques renforcées, la sélection de plants tolérants et des techniques de protection des lianes peuvent limiter les dégâts. À moyen terme, la recherche agronomique devra proposer des variétés adaptées et des solutions éprouvées pour restaurer la filière.
Entre-temps, la raréfaction du maracuja sur les marchés met en lumière la fragilité de certaines cultures spécialisées face aux chocs sanitaires et climatiques. Pour les producteurs martiniquais, la question est désormais de savoir si la filière peut se restructurer ou si le fruit cédera définitivement la place à d'autres productions.
La situation appelle une mobilisation coordonnée des acteurs : producteurs, services techniques, laboratoires et collectivités, afin d'offrir une réponse scientifique, économique et sociale à une crise qui touche au cœur du modèle agricole insulaire.