Un premier budget sous étroite surveillance
Le budget primitif 2026 de la commune de Kani-Kéli a fait l’objet d’observations appuyées de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Mayotte. Dans un avis rendu public le 26 juin, les magistrats financiers demandent à l’exécutif communal de maintenir le cap du redressement engagé, en des termes sans ambiguïté :
« poursuivre l’assainissement de sa situation budgétaire jusqu’à la résorption complète de son déficit »
Ce budget est le premier de la nouvelle mandature conduite par Assadillah Abdourahamani. Il intervient dans un contexte où la commune traîne un passif ancien, déjà pointé lors de précédents exercices.
Un passif hérité et des chiffres à réajuster
Les difficultés ne datent pas d’hier. Un déficit important était apparu dès 2024, estimé à environ sept millions d’euros, ouvrant la voie à un plan de redressement échelonné jusqu’en 2028. Si la CRC avait salué l’an dernier une certaine prise en compte de ses recommandations, elle relève cette fois des écarts notables entre la présentation communale et la réalité des comptes.
Pour l’exercice 2025, la municipalité avait retenu un déficit limité à 61 664 €. Or, après vérification, la CRC situe le solde déficitaire à environ 1,5 million d’euros sur la dernière année du mandat précédent, conduite par Abdou Rachadi. En cause : des recettes d’investissement surévaluées, avec des subventions inscrites alors qu’elles avaient déjà été perçues antérieurement, ou devenues caduques faute de réalisation des projets.
| Poste | Montant/estimation annoncée | Constat CRC |
|---|---|---|
| Déficit 2025 (présentation communale) | 61 664 € | Déficit réel évalué à env. 1,5 M€ |
| Budget 2026 – Fonctionnement (initial) | 7,5 M€ | Équilibre affiché, mais contraintes accrues (charges, amortissements) |
| Budget 2026 – Investissement (initial) | 3,2 M€ | Dépenses d’investissement réévaluées à env. 14 M€ |
Investissements revus à la hausse, recettes plus incertaines
Adopté en avril, le budget initial montrait un équilibre en fonctionnement (7,5 M€) et en investissement (3,2 M€). La nouvelle équipe soulignait une progression des charges à caractère général et des dotations aux amortissements, liée au passif transmis. Mais, après corrections, la CRC estime que la section d’investissement est loin de l’équilibre : plusieurs opérations coûteraient nettement plus que prévu, portant les dépenses à environ 14 millions d’euros, contre un cadrage initial bien inférieur.
À cela s’ajoute une visibilité amoindrie côté subventions, certaines étant jugées non mobilisables au regard de l’état d’avancement réel des projets. Le signal adressé par la juridiction financière est clair : la planification doit être sincère, les recettes sécurisées et les dépenses priorisées.
Ce que cela change pour les habitants
Au-delà des écritures, l’enjeu est concret pour les Kani-Kéliens : l’équilibre financier conditionne la capacité de la commune à programmer ses investissements (équipements, voirie, écoles) et à tenir la trajectoire de désendettement. Les ajustements demandés pourraient se traduire par :
- un calendrier des chantiers réordonné, avec des opérations phasées dans le temps ;
- une revue des projets non matures, en attente de financements sécurisés ;
- des arbitrages plus stricts sur les dépenses courantes pour soutenir la trajectoire de redressement.
Ces orientations n’impliquent pas de renoncer aux projets structurants, mais d’en garantir la faisabilité financière, évitant ainsi la reconstitution de déficits.
Cap institutionnel et méthode budgétaire
La CRC rappelle la règle d’or des finances locales : des budgets sincères, équilibrés et fondés sur des recettes certaines. L’exécutif communal est donc invité à corriger ses prévisions, notamment sur la section d’investissement, et à poursuivre l’assainissement jusqu’à extinction du déficit. Cette démarche s’inscrit dans la trajectoire engagée depuis 2024 et appelée à se déployer jusqu’en 2028.
Pour Kani-Kéli, l’équation consiste désormais à articuler le traitement du passif – hérité de la précédente mandature – et la continuité de l’action publique, en s’appuyant sur des financements confirmés et une programmation réaliste.
Étapes à venir
La commune devra intégrer les corrections de la CRC dans ses documents budgétaires et ajuster ses montages financiers. La clarté des hypothèses et la priorisation des projets seront déterminantes pour sécuriser les équilibres et retrouver une marge de manœuvre durable.
- Intégrer les rectifications sur 2025 et 2026 dans les prochaines décisions budgétaires.
- Mettre à jour le plan de redressement pluriannuel, avec un suivi des subventions effectivement acquises.
- Renforcer le pilotage des investissements pour contenir les coûts et éviter les dérapages.
Dans un contexte financier sous tension pour de nombreuses collectivités ultramarines, la trajectoire de Kani-Kéli sera observée de près. La constance dans l’exécution budgétaire sera la clé pour tourner durablement la page des déficits.