Un site stratégique local menacé par les difficultés de sa maison mère
Les Forges de Tarbes, unique usine française produisant les corps d'obus destinés notamment au canon Caesar, sont aujourd'hui au cœur d'une vive inquiétude. Les salariés ont adressé une lettre ouverte à leur direction le 17 juin, restée sans réponse, et interpellent désormais l'État pour préserver ce site qualifié de stratégique pour la souveraineté nationale.
La source de l'alarme est financière : la maison mère, Europlasma, a annoncé le 11 juin une perte nette de 35 millions d'euros pour 2025 et a reconnu des « incertitudes » quant à sa capacité à poursuivre son activité. Dans les semaines qui ont suivi, plusieurs filiales du groupe ont été placées en redressement ou liquidation judiciaire, renforçant la crainte que Tarbes ne soit la suivante.
« Le château de cartes est en train de s'effondrer et on craint que les Forges de Tarbes soient les prochaines sur la liste. »
Le propos, rapporté par les salariés et les syndicats, illustre le climat d'angoisse. Le syndicaliste José Navarro s'alarme des signaux envoyés par la maison mère et rappelle que le site de Tarbes a été sauvé en 2021 par la reprise par Europlasma, alors perçu comme un repreneur capable d'assurer la pérennité de l'activité. À l'époque, ce projet avait reçu le soutien des syndicats, des élus locaux et de l'État.
Conséquences locales et enjeux
Pour Tarbes, la menace pèse sur plusieurs niveaux :
- emploi local : les Forges constituent un employeur industriel important dans le bassin tarbais ; toute défaillance aurait des répercussions directes sur les salariés et les sous-traitants.
- souveraineté industrielle : le site est le seul en France à fabriquer ces composants d'artillerie, un élément stratégique pour les forces armées et pour les contrats d'exportation.
- effet d'entraînement : la mise en difficulté d'autres filiales d'Europlasma (Satma Industries, FP Industries, Fonderie de Bretagne) alimente la crainte d'une contagion.
Les travailleurs demandent une prise de position claire des autorités. La situation soulève la question des arbitrages publics entre soutien à l'emploi et exigences de pérennité financière d'un groupe privé dont la santé se détériore.
| Événement | Date / détail |
|---|---|
| Annonce perte nette Europlasma | 11 juin — 35 M€ en 2025 |
| Lettre ouverte des salariés | 17 juin — restée sans réponse |
| Filiales en difficulté | Plusieurs placées en redressement ou liquidation (Satma Industries, FP Industries, Fonderie de Bretagne début juillet) |
Position et demandes des salariés
Les employés réclament des garanties. Dans leur lettre, ils appellent la direction à répondre, et ils interpellent l'État pour qu'il assure la protection d'un outil industriel considéré comme essentiel. Le sentiment dominant parmi les salariés et les représentants syndicaux est que le sauvetage de 2021, quand Europlasma avait repris le site, pourrait ne pas suffire si la maison mère ne retrouve pas de stabilité financière.
« Comment ne pas penser que les Forges de Tarbes pourraient être les prochaines ? »
La question pose directement l'enjeu : au-delà d'un site d'emploi, il s'agit d'une capacité industrielle dont la disparition serait difficilement compensable à court terme.
Sur le plan local, élus et acteurs économiques seront attentifs aux réponses apportées dans les jours et semaines à venir. Toute décision concernant le groupe ou une procédure judiciaire sur l'une de ses sociétés pèsera sur l'avenir du site tarbais et sur la dynamique industrielle du territoire.
Les prochains actes à suivre sont les réponses de la direction d'Europlasma à la lettre des salariés, l'évolution des procédures judiciaires affectant les filiales et toute annonce éventuelle d'intervention publique visant à sécuriser la production. À Tarbes, l'inquiétude est palpable : l'horizon est désormais attentif, entre demandes de transparence et appels à la protection d'un savoir-faire national.